COMMÉMORATION DU 11 NOVEMBRE 1918

Discours d’André Rocchi, maire de Prunelli di Fium’Orbu : Votre présence citoyenne ce matin témoigne de votre attachement à cette commémoration et je m’en réjouis. 1914-1918 quatre années d’horreur, d’angoisse, de souffrances et de privations. Quatre années qui virent disparaître plusieurs générations. Tous ceux qui vécurent et revinrent en ont été changés à jamais. Qu’elle était notre Corse de 1914 ? De l’aveu même du Ministère de l’Intérieur de l’époque : le Département le plus pauvre, un peuple en grande précarité, une mortalité infantile très importante, des conditions sanitaires catastrophiques avec en outre la malaria. Peu de vêtements, pas de chaussures, on parlait corse, peu et mal le français. Ce sont ces jeunes hommes que le Général Nivel envoyait, par milliers et sans état d’âme, à la mort avec pour seul repère « réfléchir c’est déjà désobéir ».

Pour personnaliser ce discours, je parlerai aujourd’hui de l’un de nos frères. Susini Charles-Marie né en 1887 à Prunelli di Fium’Orbu, soldat du fameux 173ème Régiment d’Infanterie. Mort en Meurthe et Moselle en 1914, inhumé à Vitremont nécropole nationale de Friscati. Sans doute comme d’autres, il a pu recevoir le maigre réconfort de colis familiaux où l’on glissait dans des chaussettes quelques châtaignes. Ensevelis sous la terre des bombardements, les hommes n’ont pas survécu mais les châtaignes corses ont fait pousser un bois de châtaignier au milieu des pins au col de la Chapelotte vers Saint Dizier. Malgré la folie des despotes et grâce à nos anciens, la vie comme toujours a ainsi trouvé son chemin. Mais je ne puis m’empêcher de penser souvent à ceux qui comme Charles-Marie ont dû penser à leur terre de Corse dans leur dernier souffle de vie. Certes ils reposent près de leurs frères d’armes mais j’entends parfois leurs voix murmurer « M’anu lachiatu qui».

Aujourd’hui parce que la paix ne dépend finalement que de nous, il convient d’enseigner aux jeunes générations qu’elle régresse quand se renforce la haine de l’autre, qu’elle s’affaiblit de la compétition absurde entre les peuples et pire encore qu’elle disparaît quand la soif de vivre ensemble et de construire un monde de fraternité et de progrès s’amenuise. Il n’y a de vrai paix que si elle est engendrée dans la justice et la liberté. A l’heure où le despotisme émerge tout autour de la planète, souvenons-nous qu’il ne dure qu’à la condition de faire peur par la force.

C’est dans un esprit de lucidité et de fraternité que notre commune investit et se penche résolument vers sa jeunesse pour qu’elle s’épanouisse dans l’amour du prochain pour ne plus jamais vivre tout cela.

Vive l’Europe libre, vive la République, vive la France, vive la Corse et vive Prunelli di Fium’Orbu.

 

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