11 NOVEMBRE : SE SOUVENIR POUR RESTER LIBRES

Discours de notre Maire André ROCCHI :

« L’Ukraine, Israël, la bande de Gaza, l’Iran, le Liban, le Soudan, le Yémen, la Birmanie, le Sahel… Autant de noms qui résonnent aujourd’hui comme les blessures ouvertes d’un monde qui vacille.
Partout, des peuples souffrent, des familles fuient, des vies s’effondrent. Et pourtant, chaque 11 novembre, nous nous retrouvons ici, ensemble, pour honorer la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour que nous puissions vivre libres.
Mais au-delà du souvenir, cette journée nous appelle à réfléchir à ce que chacun d’entre nous fait, aujourd’hui, de cette liberté acquise dans la douleur.
Sur les collines du Chemin des Dames, au printemps 1917, des milliers d’hommes ont avancé dans la boue, sous une pluie glaciale, dans un vacarme d’obus. Face à eux, une stratégie imposée d’en haut, aveugle à la réalité du terrain. Ce général croyait davantage en ses convictions et ses stratégies qu’en la vie de ses hommes. Il n’a pas douté, il n’a pas écouté. Et des milliers de vies se sont brisées sur l’autel de sa seule certitude. Ce fut la victoire du pouvoir brut contre la réflexion intelligente, de l’ego contre le discernement. Mais ce fut aussi, paradoxalement, la démonstration silencieuse du courage humain : celui de soldats anonymes qui, malgré la peur, ont avancé ensemble.
Ces hommes n’obéissaient pas à la gloire, mais à la fraternité, à la loyauté, à l’amour simple de leurs camarades.
C’est en eux que réside la vraie victoire : celle de l’humanité face à l’absurde — et c’est à nous, aujourd’hui, de la faire vivre.
Aujourd’hui, le monde semble s’accélérer à une vitesse que plus personne ne maîtrise. Les équilibres géopolitiques vacillent, les États de droit s’effritent, et le populisme redessine la carte politique de l’Europe.
Partout, la peur sert de moteur à la colère, et la technologie devient l’alliée de puissants agresseurs plus que celle des peuples.
L’obscurantisme, lui, avance masqué — il s’infiltre dans les discours, dans les croyances, dans la désinformation.
L’Histoire, pourtant, nous a déjà montré où mènent la division, le repli et le silence des consciences.
Il suffit de relire les années qui ont précédé les grandes tragédies du XXᵉ siècle pour comprendre combien nos sociétés, parfois, répètent les mêmes erreurs.
Nous ne sommes pas en 1938, mais nous pouvons, par nos silences ou notre indifférence, affaiblir à nouveau la
démocratie. Et chacun de nous le sait : la liberté se perd rarement d’un coup — elle s’effrite, peu à peu, lorsque le courage collectif recule.
Alors que le monde se durcit, il nous faut retrouver ce qui fonde la liberté : la raison, le dialogue et le courage de ne jamais
céder à la peur.
Nous vivons dans un monde où les certitudes s’affrontent plus vite que les idées ne se rencontrent. Où la colère prend la place du dialogue. Mais aucune société ne se bâtit sur la peur : elle se construit sur la responsabilité partagée, sur l’écoute, sur la volonté et sur le courage de comprendre avant de juger. C’est cela, l’esprit de la démocratie : non pas l’accord permanent, mais la recherche du juste équilibre, le respect du désaccord sans la haine, la conviction que personne ne doit être laissé au bord du chemin. Comme le rappelait Platon, aucune dictature ne peut coexister avec une démocratie, car la première se nourrit de peur quand la seconde repose sur le courage.
Être fidèles à ceux qui sont tombés, c’est
plus que commémorer. C’est agir, ici et maintenant, pour réparer ce qui se fissure : les liens, la confiance, le monde — non par devoir, mais par dignité. C’est ce sens du collectif, ce choix de l’unité, qui fonde la paix durable.
Alors, en ce 11 novembre, souvenons-nous du prix du silence, du danger de l’orgueil et de la force du dialogue.
Souvenons-nous que notre avenir commun n’appartient pas à ceux qui dominent, mais à ceux qui rassemblent.
J’ai foi en l’homme, en sa lumière, en sa capacité à se relever toujours, même dans la nuit.
J’ai foi en cette humanité qui doute, mais qui avance.
Et j’ai foi, plus que jamais, en cette part d’espérance qui subsiste en chacun de nous.
Gardons cette certitude : l’amour de ces soldats pour la vie, pour leurs frères d’armes, pour leurs descendants, restera à jamais plus fort que la douleur de leur mort.
Puissions-nous, par cette foi et par cette conscience, continuer à faire en sorte que, demain encore, le monde demeure libre. »

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